Pierre Dhenin

C’est lui sans aucun doute qui t’a emmené pour la première fois autour d’une piste de sciure et t’a transmis l’amour du cirque. Le destin a voulu que nous soyons ensemble, la dernière fois où tu t’es imprégné des joies du cirque. C’était le 12 mars 2020, sous la Cathédrale, le chapiteau du Cirque Arlette Grusss. L’ambiance était morose, le premier confinement se profilait. Au final, tu es monté sur la piste pour honorer des artistes, comme tu le faisais chaque année, au nom d’Animavia et du Club du Cirque. Tu n’étais jamais autant heureux que dans ces moments, où tu tenais le micro au centre de la piste. Notre ami commun Gilbert Gruss s’était excusé de ne pouvoir participer au buffet qui suivait. Le cirque allait devoir replier ses toiles deux jours plus tard.
Pierre, mon ami, tu as d’abord été pour moi ce jeune photographe plein de talent qui mitraillait les numéros du Cirque de La Voix du Nord. Les membres du Club du Cirque allaient ensuite retrouver tes magnifiques photos exposées dans la salle du banquet, organisé par ton père, après la dernière.
Pierre, mon ami, tu as suivi après ta carrière professionnelle. Nous nous sommes moins vus. Et puis ton père est parti en 1991. Je réalise que tu viens de le suivre juste 3O ans après. Cette fois, nous allions alors nous rapprocher définitivement.
Pierre, mon ami, tu fus un défenseur inlassable de la cause animale et des animaux dans la ville en particulier. Tu avais pris la succession de ton père à la tête d’Animavia. Que ce soit pour le Salon des animaux que tu montais chaque année à Lille, avec la participation des plus grands dresseurs, pour l’aide aux parcs zoologiques ou pour le bien-être animal, tu déployais une énergie considérable et tu avais parcouru le monde entier pour relever les bonnes pratiques dans les zoos étrangers.
Pierre mon ami, quand tu adhérais à une association, ce n’était pas pour y tenir le rôle de l’observateur passif. Non, tu t’y engageais corps et âme. Au Club du Cirque, dont ton père fut un proche de son fondateur Henry Thétard, tu intégras le Comité Directeur. Puis, à une époque où les bonnes volontés se faisaient rares, tu acceptas pour quelques années la lourde charge de rédacteur en chef de notre revue trimestrielle, « Le Cirque dans l’Univers ». Il est vrai que tu retrouvais-là ta vocation première de journaliste. Après cela, une fois de plus, tu succédas à ton cher Papa en devenant Président Régional Nord et Belgique du Club du Cirque. Dans cette fonction, tu ne négligeais aucun détail, t’assurant par exemple, avant le début de chaque spectacle, que tes ouailles étaient bien placées, à leurs bonnes places. Tu devins naturellement l’ami de nombreux directeurs et artistes de cirque, que tu te plaisais à interviewer. Car bien sûr, tu étais resté un contributeur essentiel de notre revue.
Pierre, mon ami, tu vécus de grandes joies circassiennes en 2019. Nous fêtâmes cette année-là le 70ème anniversaire du Club. Le voyage en Hongrie, durant l’été, avec de nombreux cirques au programme, te procura de grands moments de bonheur. Tu étais joyeux. Chacun recherchait ta compagnie. De même, l’hiver venu, tu avais tenu à participer à Paris aux manifestations proprement dites du 70ème anniversaire, malgré les difficultés de transport du moment. Sans aucun doute, tu engrangeas durant ces journées de belles images de cirque, à conserver pour plus tard.
Pierre, mon ami, ce fut alors le confinement. Nous prîmes l’habitude de nous téléphoner tous les 3 ou 4 jours, une fois toi, une fois moi. On s’échangeait alors des nouvelles de cirque ou tu me racontais tes célèbres anecdotes, dont tu étais si friand. Puis les coups de fil se firent plus rares. Malheureusement, et je le regrette. Mais je n’oublierai jamais ton dernier appel, quelques jours seulement avant ton accident.
Pierre, mon ami, tu défendais avec passion et compétence les animaux et le cirque. La presse a dit de toi que tu étais une grande figure de la biodiversité dans la Métropole lilloise. Tu étais aussi une grande figure du Club du Cirque.
Pierre, tu as maintenant rejoint ton Arche de Noé et moi, j’ai perdu un ami. Les bêt’leux et les membres du Club du Cirque sont orphelins d’un grand monsieur, qui aura rempli sa vie de ses passions. Toutes et tous te disent un grand merci. Jean-Louis Boutroy
Pierre, mon ami, tu as bien mérité de reposer en paix.
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