Il est le propriétaire du chapiteau planté depuis fin 2020 dans la terre du village de Boynes et le créateur du Festival du cirque du Loiret. Benjamin Quelin ou la preuve qu’un clown peut avoir de la suite dans les idées.
Dimanche matin, 30 janvier. Un soleil providentiel d’hiver baigne sa caravane et le petit village de Boynes, où sont plantés ses deux chapiteaux depuis fin 2020, à l’arrière du gymnase. C’est le jour de repos pour Benjamin Quelin. Le trentenaire n’enfilera pas davantage son costume de clown, que celui de premier adjoint de la commune voisine de
Saint-Michel, « où je vis la moitié du temps ».
Le fondateur de l’école de cirque Le Pôle, en 2019, et du Festival du cirque du Loiret, en 2011, se sert un café, avant de se retourner sur sa drôle de vie. L’été où il sèche son apprentissage pour aller faire le clown Il revisite son été 2007, celui où, pour la toute première fois, il a porté le nez rouge, sur un coup du sort. « C’était au cours de ma première tournée avec le cirque Kino’s, j’étais l’assistant du magicien, je ne servais à rien… On était à l’île de Ré et un clown venait de faire défection. Le directeur qui sait que je pratique le théâtre et la danse, me demande de le remplacer. J’y connaissais que dalle, j’étais à la ramasse… »

Le jeune Benjamin, 18 ans, arrache pourtant des larmes de rire au grand patron. Il venait d’entrer dans la peau du clown, plus jamais il n’en ressortirait. Et dire qu’il n’aurait jamais dû être là, sous un chapiteau itinérant planté au bord de la mer. « C’était l’époque où je faisais mon apprentissage en cuisine au CFA Péguy d’Orléans. Cet été là j’étais censé travailler au restaurant ouvrier L’Embuscade de de Poilly-lez-Gien. Ma patronne, une nana extraordinaire, m’avait laissé partir deux mois, sans en informer l’établissement. Quand je suis rentré de l’île de Ré, je savais que je ne reviendrais jamais à la restauration… » Benjamin va quand même obtenir son CAP l’année suivante. « Ma mère ma toujours dit, « tu ne fais rien tant que t’as pas ton diplôme et ton permis »…A l’orée de l’été 2008, la maman prudente restée dans le Giennois, où Benjamin a grandi et fait toute sa scolarité jusqu’au lycée, était enfin exaucée. Ni une, ni deux le 14 juillet débute alors « ma première vraie tournée. C’était avec le cirque Arlette Gruss, dans le sud de la France. J’étais agent administratif, pas encore artiste, j’apprenais la gestion d’une société de spectacle », après avoir appris la vie et la confiance en soi, derrière le bar de L’embuscade, « ma deuxième maison ».

En décembre 2008, la tournée terminée, Benjamin s’installe dans le village de Saint- Michel, où il s’est fait élire depuis, chez Claude Brunel, « mon père adoptif », rencontré un an plus tôt sous le chapiteau de l’île de Ré. Claude, aussi, porte le nez rouge… Dimanche, depuis la grande caravane lui permettant de garder un oeil la nuit sur ses
chapiteaux (« on ne sait jamais »), l’intermittent du spectacle est aussi revenu sur la genèse de son école de cirque, née en 2019, du côté de Beaune-la-Rolande. « On y est resté un an, avant de déménager à Boynes, il y avait trop de désaccords avec le maire. Ici j’ai retrouvé la sérénité que j’avais perdue là-bas ». Bon présage, il est en train d’acheter le terrain mitoyen du gymnase. Le signe « qu’on va rester un bout de temps ici. Grâce à la municipalité, on va pouvoir pérenniser le projet », se réjouit le clown en civil, dans le matin lumineux. Faire reculer « le désert culturel »
Avec son école de loisirs pour les enfants du coin partie pour rester, c’est « l’intolérable désert culturel du Nord-Loiret » qui recule toujours un peu plus. L’association derrière, Le Spectacle autrement, va continuer de produire ses effets depuis Boynes. « Je l’ai créée en 2010 afin de diffuser et produire des spectacles à moindres coûts ». Le Festival du cirque du Loiret s’adosse aussi à elle, tout comme le cirque itinérant Le Chapi, né en 2015. « Il est arrêté depuis deux ans et l’arrivée du Covid, mais ça devrait repartir si tout va bien, le 28 février. » Avec Le Chapi, les cours de jonglerie, trapèze, d’équilibrisme…qui sortent du cirque boynot pour gagner les écoles de la région. « On y installe notre petit chapiteau et on initie les enfants aux arts du cirque, avant le spectacle de fin de semaine. »

L’année 2022 fleure donc bon la renaissance des itinérances?
« On espère oui, et aussi celle de notre programmation culturelle, aussi en sommeil depuis 2020. » Sont déjà annoncés sous le chapiteau de 700 places, les humoristes Bigard, Tex et Mado la Niçoise. Encore et toujours le rire et la culture, là où on ne les attend pas, dans le coeur de la plaine de Beauce. Grâce à Benjamin.

Autorisation Patrick Presvot: Article de David Creff paru dans La République du Centre du samedi 5 février 2022 david.creff@centrefrance.com

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